Ressentis post-confinement


Au sein d’Énéo en Province de Namur, la Commission Sociale Provinciale organise des réflexions et projets citoyens. Un espace de parole, d’échanges, de projets et de revendications qui avait été, comme beaucoup d’autres, mis sur «pause» le temps du confinement strict.

Le 22 septembre, les volontaires se sont retrouvés à Philippeville.A l’ordre du jour, la volonté de partager autour des ressentis, vécus et des réflexions liés au confinement. Afin d’aller un cran plus loin, nous avons également parcouru les actions proposées par Énéo et Énéosport pendant cette période, les réflexions posées ou déduites, et comment cela doit nous amener à poser des actions futures.

Des témoignages forts sont ressortis lors de cette rencontre, alliant la plupart du temps des ressentis et des réflexions profondes. Nous tenions, au travers de ces quelques lignes, à faire part de toute cette richesse au-delà de notre groupe. Tous ensemble nous avons vécu ce moment de partage. Il en est ressorti comme un récitdont voici quelques extraits?:

Nous sommes d’un âge certain, et nous avons construit nos vies sur des valeurs, des habitudes, des certitudes, et voilà que la pandémie a fait trembler les fondations de la société. 

C’est une remise en question de tout ce qu’on a essayé de construire…

Et l’avenir ? En un jour, en une fois, tous mes projets de vie, mes projets sociaux sautaient, tous mes contacts étaient supprimés.  

Le rythme de la vie a changé.   

Le confinement, c’est comme une condamnation à mort, car il y a une coupure des autres.  

Je l’ai vécu comme une atteinte à la liberté et à d’autres valeurs importantes comme la sociabilité.  

Mais, je n’ai pas respecté cette entrave, j’ai enfreint les mesures, car l’isolement des personnes était si fort que j’allais les rencontrer, les écouter, partager un moment. Dans la rue des personnes m’abordaient tant le besoin de contact était fort.  

J’ai vécu l’isolement. Seule, c’est seule.  

Je donne l’image d’une personne à risque.  

Oui, nous sommes rentrés dans des peurs, peur du virus inconnu, peur pour soi, pour les autres, pour les enfants, peur pour les personnes qui ont perdu leur travail, pour les indépendants. Peur que tous soient touchés. Peur pour les ainés privés de contact. Il semblait que tous avaient peur, pour les autres bien souvent. Peur de mourir. 

Et bien sûr, parfois ces peurs étaient fondées, le scandale des MR et MRS, l’isolement inadmissible pour certaines personnes âgées, les services de santé submergés, la désorganisation des services d’hôpitaux, les personnes décédées, seules, ne pouvant être accompagnées décemment, le deuil impossible.   

Les informations incessantes, contradictoires, partielles, anxiogènes, les rumeurs catastrophiques, ont généré une deuxième épidémie tout aussi terrible, voir peut-être plus, que la première : l’angoisse.  

J’ai perdu 5 ans de dynamisme, avec ce confinement.  

J’ai vécu bloqué, seul, mais non isolé. J’avais la presse, internet, le téléphone, la radio, la tv. 

J’ai vraiment apprécié le téléphone, les mails. 

Cela nous rappelle les valeurs fondamentales d’Énéo 

N’oublions pas le courage de ceux et celles qui ont dû risquer leur vie dans leur métier.

Alors, ce confinement a aussi permis de réfléchir, de lire, de redécouvrir l’essentiel. 

Et l’essentiel, c’est peut-être la santé, l’entraide, la solidarité. 

C’est se rappeler que dans notre pays, il y a des organismes sociaux. Et qu’ils ont répondu présent autant que possible. 

Et on vit mieux, bien mieux sans le confinement. Bref, ce confinement a donné aussi des opportunités à tous. Tout à coup j’ai retrouvé du temps pour moi, moins de stress, moins courir, se retrouver avec moi-même. 

J’ai constaté que bien peu de choses étaient essentielles. Et la question importante a surgi, à quoi vais-je passer le temps qu’il me reste, en me dispersant moins, en restant sur l’essentiel.  

J’ai retrouvé le bonheur du calme et du silence, qui a surgi sans prévenir, j’ai pu voir arriver le printemps, les feuillages, les couleurs délicates, écouter chanter les oiseaux, profiter du beau temps, mettre des fleurs sur la terrasse, faire le jardin, et encore faire le jardin. Jamais jardin n’a été aussi bien soigné, arrosé, entretenu.  Et prier. 

J’ai préparé ma messe de funérailles, et écrit dans un carnet tout ce que je voulais dire à mes enfants et petits-enfants. J’ai appris à connaître, par-dessus la barrière, la haie, la rue, mes voisins.

J’ai eu des dialogues plus profonds avec mon fils. 

Le besoin de culture m’est apparu comme une évidence. 

Je suis pour l’autodétermination, que les personnes puissent choisir, et rester maîtres de leur vie.    

Nos réflexions partagées, nous avons dégagé des pistes d’actions concrètes. Nous souhaitons encourager les activités (goûters, marches, excursions, séances de cinéma, etc.) à reprendre de manière conviviale malgré les règles sanitaires, et réfléchir à comment ne plus être "mis de côté" en tant qu'aînés?! Tout un programme, à suivre?!

Vous souhaitez vous impliquer à nos côtés ? Dites-le-nous en communiquant votre intérêt via les secrétariats régionaux Énéo.

Gaëlle Paquet et Paul Provost, volontaires de la Commission Sociale Provinciale d’Énéo