Le volontariat en fête ?

 

Un acte libre et gratuit qui rapporterait jusqu’à 6000 € par an ?  Altéo, Énéo et Jeunesse &Santé, dont l’action est portée par des milliers de volontaires disent NON à ce modèle de gestion du volontariat. Une fausse bonne idée du gouvernement fédéral que nous dénonçons en cette journée internationale des volontaires…

Altéo, Énéo et Jeunesse & Santé sont trois ASBLs socio-éducatives partenaires. Nous œuvrons dans le champ des personnes malades, handicapées,  des seniors et des jeunes. Depuis plus de 50 ans, nous voyons notre action portée et construite par des milliers de volontaires. Gestion, animation, accompagnement, formation, ce sont des centaines de projets qui sont portés chaque année, au profit de dizaines de milliers de personnes.

Dans la tirelire du volontaire, rien ne rentre, rien ne sort. En effet, s’il n’est pas rétribué, le volontariat n’engage pas non plus de coût et ce grâce à la possibilité d’un défraiement forfaitaire plafonné à 1.334,55 €/an par volontaire. Tel est le message édicté dans la loi de 2005 sur le volontariat qui entend par volontariat « toute activité qui est exercée sans rétribution et sans obligation ».

Une récente proposition du gouvernement fédéral vient rompre cette harmonie.  Dans la presse, par un effet d’annonce avant même de déposer un texte, Maggie De Block déclare que toute personne exerçant un travail citoyen ou associatif pourra désormais gagner 500 € par mois, sans incidence fiscale. Aujourd’hui, on parle même de 1000 € par mois avec un plafond de 6000 € par an. Le volontariat exercé au sein de nos mouvement est concerné par cette mesure.

Nous ne pouvons souscrire à un tel modèle de gestion de nos volontaires.

A l’heure où notre société demande de plus en plus de vivre ensemble et de rencontres, à l’heure où toutes nos relations, nos échanges, nos apprentissages deviennent la source d’enrichissement pour certains, à l’heure où l’individualisation des droits semble nous fermer les uns des autres, il nous paraît essentiel de conserver et d’entretenir l’esprit premier du volontariat en lui maintenant son statut d’acte libre et gratuit.

Au fil de nos histoires respectives, des dizaines de milliers de personnes se sont investies dans nos structures pour le bien-être des autres, avec pour seule ambition de participer, construire et porter le projet d’une société active et inclusive. Nous ne souhaitons, sous aucun prétexte, que l’engagement de certains perde en intensité, en valeurs, en spontanéité. Nous souhaitons que le volontariat reste libre et gratuit, délié des intérêts financiers, vecteur de sens, de valeurs et d’humanité.

Nos publics attendent et demandent des relations humaines, des contacts, des dialogues, du temps, simplement pour le plaisir de leur rendre une journée plus agréable, de permettre un séjour de vacances, de bénéficier d’un bon encadrement sportif. En aucun cas, nous ne souhaitons contractualiser ces moments, au point de les rendre source de revenus.

Nous nous battrons pour éviter que le volontariat soit mis en péril, que les associations ne rentrent dans une concurrence déloyale où les moyens financiers deviendraient la seule manière d’exister à moyen ou long terme (6000 € par an représentent un budget de 6 millions pour 1000 volontaires actifs).

Nous tenterons, avec nos partenaires, de faire modifier cette proposition afin que ce que nous appelons aujourd’hui « le non marchand » le reste pour longtemps encore.

En cette journée du volontariat, cette fausse bonne idée nous ne ferait presqu’oublier l’essentiel, remercier les milliers de personnes qui, chaque jour, chaque semaine, chaque mois offrent gracieusement  de leur temps à nos publics. Merci à eux !