Du deuxième pilier à une béquille instable, ou les effets de la crise sur nos pensions

Communiqué de presse

12/09/2013

Énéo découvre sans étonnement mais avec amertume le dépôt par Alexander De Croo, ministre des pensions, d'une note au Conseil national du Travail (CNT) proposant de suivre la position des assureurs

et employeurs visant à revoir à la baisse le rendement garanti du 2e pilier de pension (dans Le soir du 11 septembre et écho du 12 septembre 2013).

Pour rappel, la loi Vandenbroucke garantit le rendement des assurances groupes et fonds de pensions à 3,25% pour les primes payées par les employeurs et à 3,75% pour celles versées par les travailleurs. Selon la loi, cette garantie est une obligation des employeurs et non des assureurs.

Certains assureurs ont déjà réduit ce taux de rendement en-deçà de 3,25% sous prétexte que les rendements garantis sont devenus supérieurs à ce que rapporteraient les obligations souveraines.

Le différentiel doit donc être financé par les employeurs. Le lobbying déclenché par les entreprises a, semble-t-il porté ses fruits puisque le ministre est déjà revenu sur les positions qu'il défendait du 3 décembre 2012.

Cette diminution des garanties renforce encore si besoin en est la nécessité d'une pension légale (1° pilier) suffisante pour permettre une retraite dans des conditions dignes. L'insécurité des rendements des piliers assuranciels complémentaires ne pouvant qu'assurer un plus au bien être et non une partie du nécessaire.

Faut-il rappeler que :

  • le 2e pilier belge est hautement inégalitaire. « L'Atlas des pensions » publié par le SPF sécurité sociale en donne la preuve.
  • les employeurs bénéficient déjà de la réduction des cotisations sociales relative au 2e pilier générant un manque à gagner pour la sécurité sociale avoisinant les 2 milliards d'euros par an .
  • les assureurs ne baissent pas leurs frais de gestion, qui représentent aussi un budget distrait de la sécurité sociale sans retour pour les pensionnés.
  • d'autres instruments de régulation des institutions financières (principes de Bâle et Solvency 2) ne seront pas non plus sans incidence sur les rendements futurs des épargnes retraites, fonds de pensions, et autres dispositifs assuranciels.

Comment dans ces conditions de marché financier aléatoire, peut-on défendre de nouveaux modèles de pensions remplaçant une partie du 1er pilier par un recours accru à l'assurance privée , Quant au 2e pilier belge, se réduisant à une béquille très instable, peut-il rencontrer les exigences de sécurité et de stabilité inhérentes à une couverture pension fiable ?

Énéo, mouvement social des aînés, invite donc tous les décideurs et experts se penchant sur notre futur modèle de pension, à replacer l'importance de la pension légale par répartition au centre de leurs réflexions.