Les migrations : un phénomène mondialisé

    L’année 2015 a vu l’arrivée d’un million de personnes en Europe. Un chiffre quadruplé par rapport à l’année précédente. Ces femmes, ces enfants et ces hommes fuient la guerre, la persécution ou la misère la plus totale.

    Cette vague d’immigration trouve son origine dans les nombreuses crises en cours au Moyen-Orient qui font suite aux Printemps arabes (Syrie, Libye) et aux invasions occidentales en Irak et Afghanistan. Actuellement, 90% des migrants viennent de dix pays, presque tous en conflit armé ou sous le joug de dictatures.

    Selon le Haut-Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR), ils étaient au nombre de 65,3 millions à avoir fui les persécutions et les conflits fin 2015. On est donc loin de l’idée véhiculée à propos des migrants prêts soit disant à tout pour profiter de nos systèmes de sécurité sociale et d’assurance chômage !

    La grande majorité d’entre eux restent bloqués à l’intérieur de leur propre pays. Seule une petite partie, qui en a les moyens, arrive à franchir une frontière internationale, mais pas forcément pour atteindre l’Europe. Ainsi, 86% des réfugiés sont accueillis dans un pays en développement.

    « Toute la misère du monde » ?

    Les pays riches ou industrialisés n’accueillent finalement que très peu des personnes déracinées. Malgré l’augmentation constatée dans les arrivées, l’Europe n’accueille en réalité que 6% des réfugiés. L’Union européenne est donc loin « d’accueillir toute la misère du monde », pour reprendre la formule prononcée par l’ancien Premier Ministre français, Michel Rocard, en 1989.

    Pourtant, dans un contexte de crise économique et d’échéances électorales à risques, l’Union européenne et les États n’ont cessé, depuis dix ans, de durcir leurs politiques et de fermer leurs frontières. Craignant un appel d’air et considérant l’arrivée des migrants davantage comme une menace que comme une opportunité, l’Union européenne a choisi d’adopter des mesures pour « endiguer les flux ». Pour dissuader les migrants de frapper à sa porte, elle s’est dotée d’un arsenal législatif et opérationnel d’envergure dont l’agence Frontex n’est que la face la plus visible.

    Les travailleurs migrants au cœur des enjeux

    Deux tiers des migrants sont aussi des travailleurs. Loin de l’Europe, de nombreux mouvements de population ont lieu, notamment en Asie où des millions de travailleurs se déplacent pour trouver des possibilités d’embauche. Le Qatar, à lui tout seul, accueille par exemple le plus grand ratio de migrants dans le monde : 1,2 millions de migrants sur 2,3 millions d’habitants !

    En Europe, les fermetures d’usines et les licenciements massifs, les délocalisations, la flexibilité accrue du travail, la marge d’augmentation salariale limitée sous prétexte d’améliorer la compétitivité sont tant de réalités qui accroissent la concurrence entre les travailleurs et mettent la pression sur le droit au travail. Depuis quelques décennies, la rémunération du capital n’a cessé d’augmenter alors que la part des salaires continue de baisser.

    Comme toujours, en période de crise, le migrant est perçu comme le bouc émissaire, la cause de tous les maux de notre société : chômage, charge pour la sécurité sociale, insécurité. Or, les migrants sont ceux qui souffrent le plus du système capitaliste néolibéral. Les travailleurs mobiles ou détachés, les travailleurs migrants sont davantage exposés à l’exploitation et à la précarité.

    Justice migratoire, justice sociale

    Solidarité Mondiale et les autres organisations du MOC ont choisi de mettre en exergue le lien entre justice migratoire et justice sociale. Car il ne suffit pas d’affirmer le caractère légal des migrations; il faut encore réclamer le respect des autres droits humains, y compris pour les personnes migrantes. Droit à une protection sociale pour tous, droit à un travail et à un salaire décents !

    Défendre les droits des travailleurs migrants doit être également le combat de tous les travailleurs ; car l’exploitation des travailleurs migrants tire vers le bas tant les conditions de travail que les salaires de l’ensemble des travailleurs.

    Santiago Fischer, Solidarité Mondiale
    Dieudonné Wamu Oyatambwe, Solidarité Mondiale

     

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